12.05.2008

Avec un peu d’émotions de la part de mes amis.

Mercredi 9 Avril 2008, un peu plus de 21h.

Je suis dans ma chambre, sur mon lit. J'ai pioché dans mon stock de livres pas encore lus, un Brigitte Aubert qui promet: "Reflets de sang". En fond sonore, j'ai allumé la télé et M6 diffuse son émission phare du mercredi: "La nouvelle star". La pulpeuse et blondasse Virginie Efira prend la pose et annonce l'arrivée d’Amandine qui va nous interpréter: "With a little help from my friends"-le plus grand tube de Joe Cocker, même si ce sont les Beatles qui l'ont créé. Mon esprit fait tilt, je lève les yeux de mon bouquin et aperçois sur l'écran et sur un piano des mains blanches qui donnent le jour à quelques notes introductives.

Un brouillard blanchâtre enrobe une silhouette féminine. Debout, elle semble se débattre contre cette fumée blanche. Une petite fille perdue dans la brume transperce avec douceur la toile fumante. La tête dans les épaules, Les jambes qui la soutiennent à peine, elle avance à pas comptés. Sa voix frêle et tremblante émeut tout de suite. Comment va-t-elle s'attaquer à ce monument de la chanson anglo-saxonne ?

Empruntée, Amandine se fait douce, caresse l'air de l'espace pour amadouer son stress, sa sensibilité. Le réalisateur lui offre, à tort, un plan large, la plantant là, sur la vaste scène, seule face à un public vociférant.

La voix prend de l'assurance, elle a des tonalités de blues, avec quelque chose, non pas de Tennessee, mais de bien rauque. La pantomime désarticulée semble plus forte que jamais. Elle fond l'aire de la scène, bras en avant. Encore une approche douce, puis elle attaque le monstre, sa réserve explose. Elle mord dans la chanson à pleines dents, à pleins poumons, mais c'est l'interprète qui hurle sa sensibilité. Mon corps frisonne, mes poils, de toutes parts, s'hérissent. Toute l'âme d’Amandine, au travers de sa gesticulation épileptique, tout comme celle de son modèle -Joe Cocker-, transparaît, transpire. Mes yeux se mouillent.

Un dernier couplet hurlé, craché par ses entrailles, expulsé par sa force intérieure insoupçonnée, elle prépare le final triomphant et prenant. Le blues de sa voix me fait couler de vraies larmes. Je ne les maîtrise plus, je ne les comprends pas, mais elles sont là. Amandine a tout donné, elle est vidée de tout son soul. Pantin amorphe, elle ouvre les bras pour recevoir l'offrande des bravos, dans l’espoir de tomber dans des bras forts et vigoureux d'un personnage réconfortant, confronté à l'innocence incarnée. Une dernière pirouette, et l'artiste peut redevenir réelle, elle-même. Dans une attitude timide, craintive, la bête de scène est partie pour laisser place à la petite fille du début. J'ai craqué.

Dans cet état fébrile, je tente d'expliquer mes larmes. L'intellect prend le pas sur l'instinct. Est-ce l'attitude de la chanteuse qui me rappelle quelques aspects épileptiques de mon amie du passé ? Est-ce le déploiement d'une telle énergie, due à sa jeunesse, qui me rappelle que la mienne s'est, avec l'âge, amoindrie ? Est-ce l'excellence de sa prestation artistique qui me rappelle que j'ai toujours voulu, dans mon art, atteindre cette sensationnelle perfection ? Je ne sais, je ne peux clarifier toutes ces sensations, toutes mes larmes.

PS :

Alors cher lecteur, si tu penses que j'exagère mes ressentiments, tu n'as qu'à faire l'expérience par toi-même, en te rendant sur la page Internet suivante.

http://wideo.nouvellestar.fr/video/iLyROoafYMdK.html

Et n'oublie pas: ne retiens pas tes larmes, pleurer cela fait du bien. C'est une autre chanteuse qui le dit, alors ?

21.05.2007

Elle est revenue

Elle est revenue.

Elle me prend à la gorge, pourtant je la croyais enterrée au fond de mon âme. Elle se manifeste à moi sous la forme bigarrée d’une foule bruyante et tumultueuse. Je ne reconnais plus les sympathiques supporters de l’O.M. .

Cette masse difforme de spectateurs s’avance. L’effroi me remplit le cœur. Mes membres vibrent à en faire trembler toute ma carcasse. Je transpire. Mes mains deviennent moites, mon cœur s’assèche. La nuée de fans progresse, elle va me submerger. J’accompagnais mon fils au stade pour Marseille/Lyon, cela devait être une fête, mais la foule a tout perturbé. Pierre ne me reconnaît plus. A ses yeux, je dois avoir l’air d’une loque, d’un zombie. Ma gorge joue au yo-yo avec la glotte, alors que je n’existe plus : elle me hante. Adieu le stade, adieu le match, je suis ailleurs; dans ce lieu maudit où elle m’est apparue pour la première fois férocement. Mon enfant crie en vain pour me faire revenir dans notre monde paisible; il n’y peut rien : elle est plus forte.

Elle est revenue.

Son emprise sur moi fait resurgir, sur l’écran blanc de mon passé, des images insupportables.

Je me trouvais au volant de ma 4L. Joe Bustagua, mon aide-comptable, me suivait dans sa 4 Chevaux Renault. Je l’apercevais dans mon rétroviseur, il semblait siffloter. Sur son tacot, il avait depuis peu installé à grands frais une radio et la faisait chanter à tue-tête. Joe aimait le rock, le swing, le mouvement. Je le revois imiter Elvis, chantant King Créole.

Le premier juillet 1962, l’Algérie venait de recouvrer son indépendance. En ce cinq juillet 62, dans les artères d’Oran, des groupes d’individus enthousiastes extériorisaient leur joie. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’une telle liesse puisse engendrer un épisode aussi horrible.

Arrivant sur une large avenue, aux voies séparées par un terre-plein arboré, je vis au loin quelques voitures arrêtées en plein milieu de l’artère. Je roulais encore, la 4 Chevaux de Joe me suivait toujours. A hauteur des véhicules, un trio d’hommes armés et en tenue militaire me barra la route. D’autorité, l’un d’entre eux ouvrit la portière et me força à sortir. Je n’eus même pas le temps de réaliser qu’ils m’étaient tous hostiles. Hébété, mon regard se porta sur eux, puis sur les voitures à l’arrêt. Je subissais ces instants plus que je ne les vivais. A quelques mètres, un homme, à la chevelure brune et frisée, de dos, me cachait ce qu’il faisait. Les trois soldats fouillèrent l’automobile, en parlant un arabe dont je ne compris aucun des termes. Ce n’étaient pas des citadins, mais plutôt des fellaghas descendus des montagnes. L’indigène, que je n’avais vu que de dos, se retourna. Il tenait un couteau de commando ensanglanté. Mes yeux croisèrent les siens. Comme noyé dans une brume, l’homme me sourit et me fit frissonner malgré la chaleur de juillet. Derrière lui, un corps tomba à ses pieds. Le sang coula, je perdis ma salive. La gorge de la victime avait été tranchée. Le bourreau s’avança vers moi, j’étais le prochain. Des flots de sueur parcoururent entièrement mon corps. Eperdu, mon regard hésitant se porta sur le visage de l’égorgeur, puis sur la chose humaine qui pissait toujours le sang, sur les armes des soldats et enfin sur le couteau du bourreau. Tout cela sembla durer une éternité. Ebranlé, au lieu de penser à moi, je me suis alors retourné pour situer Joe et sa voiture. Pouvait-il agir pour me sortir de là ? Envolés, plus de bagnole, plus de Joe ! Avait-il eu la chance de s’extirper de ce cauchemar ? J’étais seul face au monstre qui se rapprochait. D’une main ferme, il me poussa contre le capot. Avec son arme, il m’obligea à écarter les jambes puis me fouilla. Je maugréais quelques mots dans un délire de sanglots, mais rien d’intelligible. L’homme me retourna et lâcha un:
« Balla’a fummek !* »

La mort était proche. Trop lâche pour l’affronter, je fermai les yeux et je perçus le frottement de l’arme tranchante s’essuyer impudemment sur ma veste. L’humiliation était à son comble. Puis un brouhaha confus, des tirs d’armes, des cris résonnèrent dans ma tête. Le coup fatal ne m’était pas encore porté, qu’attendait mon bourreau ? Mon épaule défaillit sous le poids d’une masse lourde et chaude. Que se passait-il ? Drapeaux, calicots flottant au-dessus d’elle, une foule avançait vers moi, vociférant, beuglant, menaçante. La tête de mon assassin désigné reposait sur mon épaule. Une balle l’avait atteinte et elle saignait abondamment. La troupe de manifestants, enivrée et mue par une passion dévastatrice, progressait rapidement. Abasourdi, comme un boxeur KO debout, je la vis se diriger vers moi.

- Remontez dans la voiture et foutez le camp ! hurla une voix.

J’ai tenté de la localiser, mais je n’ai vu qu’une persienne se refermer.

- Hé, papa ! Tu bouges, on va rater le début du match !
- Je ne peux pas, je ne peux plus !

Je ne sais plus ni à qui ni à quel moment j’ai hurlé ces mots, s’ils étaient adressés à la personne derrière la fenêtre, il y a plus de dix ans, ou à mon fils à l’instant présent.

- Quoi ? me demande, interloqué, le fiston.
- Je ne peux pas !
- Tu es malade ?
- Non, mais je ne peux pas !

La foule de spectateurs avance pour se rendre au stade. Elle est face à moi, agitant drapeaux, banderoles, fanions, braillant, gesticulant, effrayante.

- Je ferais mieux de rentrer !
- Rentrer ? s’enquit mon fils.
- Remontez dans la voiture et foutez le camp ! résonna la voix dans ma tête.
- Oui, c’est ça, je vais rentrer.

Comme un mort-vivant, à pas comptés, alors que la masse de manifestants courait vers moi, je me suis assis dans la voiture. Le moteur tournait toujours, j’ai passé une vitesse et je suis parti. La portière s’est refermée durant mon accélération, comme si elle voulait clore cet atroce moment, gommer ce cauchemar.

Dans un reliquat de conscience, j’espérais que je l’avais plantée là. Pourtant, ce soir encore, la peur m’a prouvé qu’elle est plus forte que je ne le pensais.

Elle est revenue.


*« Ferme ta gueule ! »

26.04.2007

Il suffit d’un peu de rythme.

Toute la musique que j’aime, qu’elle vienne de là ou bien d’ailleurs, et peu importe si j’ai le blues ou pas, est une musique qui me transporte, qui me tire ailleurs, au Sénégal ou aux States.

D’abord, c’est l’effleurement discret de deux balayettes sur la peau tendue d’une caisse claire qui éveille mes sens, tout de suite suivi par l’accompagnement sourd d’une basse que des mains, noires de préférence, vont faire vibrer, pour insuffler un tempo. Mes doigts frissonnent déjà.

Puis, la voix rauque et chaude d’un saxo traduit les intonations secrètes d’un être humain qui lâche tout son souffle, toutes ses émotions. Mes doigts n’en peuvent plus, ils craquent, ils claquent ! Ils battent la mesure qui, vicieuse, ne demande que ça. L’orgue électronique pousse son cri strident et accentue le rythme : j’ai chaud. Les fourmis ont envahi mes pieds, le claquement de mes doigts se fait plus intense. Le morceau s’accélère. Un orage de cuivres gronde et résonne dans ma tête. En une fraction de seconde, il balaye ma morosité passagère. Mes pieds ont décrété leur indépendance, ils swinguent sans mon autorisation. Les chœurs lancent leurs “Ouap Doo Aaaah” syncopés. C’est magique ! Je me sens léger et je serai ainsi tant que la musique sera bonne.

Ca y est, je décolle. La chanteuse pousse sa gueulante d’une voix suave, soulignée par les trémolos du sax. C’est l’extase ! Et peu m’importe le sens profond ou puéril de ses paroles, je vibre. Qu’elle me parle d’un amour perdu, de l’augmentation du prix des patates ou bien de son amour fou pour son chien, Oh yeah, baby ! Je plane ! Car je sais que toute cette musique que j’aime est pour moi, for me, for me, formidable.

Et alors ?

Comme à mon habitude, j’avais su attirer son attention, la mener vers moi, la charmer. J’avais utilisé pour cela des mots simples mais touchants. La belle avait été conquise. Mes termes par le passé avaient su lui parler de tout et de rien, du quotidien, de situations cocasses, d’amour et mon ingéniosité, à chaque fois, avait fait mouche.

Alors ce soir encore, j’allais satisfaire ses envies, mes besoins d’exprimer, grâce à elle, tout ce qu’il y avait de meilleur en moi. Elle était tout acquise à ma cause, j’avais su l’amadouer, la mettre à nu pour qu’elle m’offre sa beauté infinie. Câlinant, précautionneux, attentif à tous ses soupirs, je me suis approché d’elle, ai couché avec douceur la belle dans l’écrin de mes folies imaginaires. J’étais en transes, elle aussi. Tout en nous respirait l’amour, l’harmonie. Mes sens étaient tout en éveil, gonflés par l’effet d’un bonheur précaire à venir. Frémissante, elle allait se donner à moi entière et généreuse, quand le malheur se produisit : la panne. L’affreuse panne, celle qui met tout homme en déséquilibre, le fait douter de sa condition, celle qui vous ridiculise aux yeux des autres, de l’autre. Je ne pouvais, je ne devais pas la décevoir.

Avec persévérance, je repris l’exercice. Moult fois, j’ai tenté de satisfaire la coquine, mais rien. Rien ne sortait, rien n’émergeait. La panique s’empara de moi, mon esprit défaillit, mon corps ne répondait plus, j’étais de plus en plus mal à l’aise devant elle. Elle tenta en vain de m’encourager, de titiller mes sens pour que le meilleur de moi-même jaillisse, mais sans succès. Dans ces états là, on oublie sa condition de mâle, d’être supérieur, on est aux prises au désarroi. La belle vous juge et vous ne trouvez toujours pas les mots et la force de ceux-ci pour la satisfaire. Va-t-elle, boudeuse, s’enfuir et me planter là, humidifié par mon humiliation ?

Alors confus, honteux, je l’ai laissé faire, aux prises aux plus fous désespoirs. Elle se froissa, ne m’adressa plus un mot et tenta de m’oublier. La panne avait été fatale, l’inspiration m’avait délaissé, délesté de mes envies fougueuses, je savais que la peine encourue serait grande : ma nuit fut blanche, tout comme la page. Pauvre page ! Pauvre idée, je l’avais abusée. Elle pouvait crier à la trahison, ma panne textuelle était impardonnable.

Rupture.

Ma chère Julie,

Je t’aime à la folie, je t’aime à la folie,
Je t’aime à la folie, je t’aime à la folie, Julie.

J’aime ces moments, le matin, lorsque dans le lit de nos amours, j’ouvre les yeux pour tomber sur ton visage bouffi de sommeil, encerclé par des mèches rebelles à la coloration indéterminée. J’aime ce moment précis où, d’une voix aussi douce qu’un démarrage de tracteur, tu me dis bonjour, exhalant ce parfum si particulier qui t’est propre, enfin si je puis dire, d’ail et de munster réunis. J’aime.

Je t’aime à la folie, je t’aime à la folie,
Je t’aime à la folie, je t’aime à la folie, Julie.

J’aime ton lever gracieux du lit qui m’en fait tomber. Puis, perpétuant cet immuable tableau du lever, d’un geste précis et gracieux, tu grattes, sous mes yeux, ton fondement avec énergie. C’est là que toute la beauté de la nature humaine s’exprime sans réserve. J’aime.

Je t’aime à la folie, je t’aime à la folie,
Je t’aime à la folie, je t’aime à la folie, Julie.

J’aime aussi l’instant, qui dure bien une demi-heure, où tu t’escrimes, avec des tonnes de produits adéquats, conseillés par les entreprises de ravalement, à te faire une beauté. Manœuvre inutile à mes yeux, car tu es une si belle nature que cela n’aggrave rien. Mais tu insistes, tu persistes. Tu grattes, tu pèles, enfin je traduis cela comme cela. Les pustules mortes tombent sur le carrelage froid de la salle de bain, je reste de marbre à leur malheur. Je m’esbaudis du spectacle, car tu veux être belle pour moi, juste pour moi, alors que je ne fus jamais dans ce domaine un égoïste. Le résultat est au-delà de mes désespoirs, même une voiture volée n’arrive pas à un tel chef-d’œuvre. J’aime.

Je t’aime à la folie, je t’aime à la folie,
Je t’aime à la folie, je t’aime à la folie, Julie.

Si j’aime ton physique affriolant, que penser de ton esprit, de ta conversation si enrichissante ? Avec toi, le silence n’existe pas, il n’a pas droit de cité. Tu as un avis sur tout et tu le donnes à tort et à travers. Aucun people, vedette de croisière, star de pacotille ne t’est étranger, tu sais tout sur lui. Grâce à tes lectures favorites (Voici, Gala, Hola, Trash and co), tu es devenue une vraie encyclopédie de l’info inutile, la reine du ragoût du ragot, l’impératrice du réalité show, de la télé débilité. J’aime.

Je t’aime à la folie, je t’aime à la folie,
Je t’aime à la folie, je t’aime à la folie, Julie.

J’aime quand tu réfléchis aux périls qui détraquent notre monde, causant un grand nombre de pollutions. Avec ton Q.I. de moule, tu restes dans le ton ou dans le thon ; c’est au choix, mon anchois ! Dans ces moments d’intenses pensées, tu te métamorphoses pour atteindre l’ultime extase, celle du cloporte. J’aime

Je t’aime à la folie, je t’aime à la folie,
Je t’aime à la folie, je t’aime à la folie, Julie.

Devant tant de beauté affichée, de talents exposés, que suis-je moi auprès de toi ? Le vermisseau à côté de la déesse, l’affreux crapaud à côté de la blanche colombe, le monstre de Frankenstein à côté de Cendrillon. Alors pour ne pas rendre hideux cet idyllique tableau, pour ne pas dégrader cette vision paradisiaque, pour ne pas avilir ton monde, je me dois de disparaître, d’aller périr dans un espace plus adapté à mon univers mesquin. Julie, je t’aime à la folie, mais, pour ton unique bien, pour ton épanouissement, je m’évanouis vers d’autres horizons, je te quitte.

Annonce.

“ Homme prêt à tout, cherche complice féminine, aux nerfs d’acier, capable de commettre l’irrémédiable : tuer ... ma solitude. ”

Cher complice,

Si je prends la plume, en la trempant dans de l’arsenic, c’est pour te prouver que je suis prête à tout : l’irrémédiable dans l’immédiat et l’impossible dans un délai de cinq jours.

Spécialiste du corps à corps, j’affûte mes armes dans la chaleur de la nuit. Adepte des arts câlins, je sais jouer des mains pour mieux triturer un corps dur, mieux serrer une gorge fragile ou encore étrangler l’âme triste d’un solitaire, comme toi.

Mercenaire de l’amour, je voudrais que cette mission soit la dernière et qu’ensemble nous la réussissions. Ce document s’autodétruira dans les cinq secondes qui suivent.

30.03.2007

Parfois je rêve.

Oui, je rêve que les gens nous laissent vivre en paix, nous laissent vivre comme nous le voulons. Mais, ils sont tellement méchants qu'ils sont prêts à tuer dans l'oeuf un bonheur tout neuf, alors qu'il ne demande qu'à vivre gentiment. Jugez-en par vous mêmes.

Michèle: - Bonne nuit papa !
Paul: - Bonne nuit Petite Michèle !
Michèle: - Bonne nuit papa !
Alain: - Bonne nuit Petite Michèle !

Petite Michèle, c’est moi ! J’ai un trésor formidable que peu de petites filles ou petits garçons possèdent : j’ai deux papas. Je sais, je rends beaucoup de gens jaloux. Il y a tellement de petites filles qui n’ont pas de papa. Moi, j’en ai deux : je suis une privilégiée.

Mais je ne comprends toujours pas pourquoi, quand je me promène avec eux, j’entends des méchants les appeler “Tantes”, je vous assure ce sont vraiment des papas, avec des moustaches et de gros cœurs. Quand j’ai de la peine, ils sont là tous les deux pour me consoler.

Ce n’est pas comme le papa de mon ami Julien qui rentre tous les soirs dans un tel état, qu’il ne reconnaît plus ses enfants et les bat pour s’assurer que ce sont bien les siens ; ou bien la mère de mon autre copain Pascal qui, dés que son papa est parti travailler, invite des tas de papas chez elle. Je ne sais pas pour quelle raison, mais ce que je sais c’est que Pascal n’est pas content et sa mère n’en a rien à foutre. La plus malheureuse d’entre tous, c’est ma copine, Julie. Ses parents ne s’entendent pas et n’entendent pas les prières de la petite Julie qui voudrait qu’ils restent ensemble. Ils ne veulent rien savoir. Alors depuis, une semaine elle vit avec sa maman, une autre avec son papa, mais jamais elle n’a les deux en même temps. C’est triste !

Moi, je sais que cela ne m’arrivera jamais ; mes papas, ils s’aiment. Je le sais car des fois, devant moi, ils se font des bisous sur le front. En plus de ça, comme ils ont tous les deux de bons boulots, jamais on ne sera malheureux, ni miséreux, comme un autre copain que je connais, Ahmed, et dont le papa et la maman sont au chômage et n’ont pas assez d’argent pour l’élever. En plus, mon papa Alain aime la musique classique et l’autre, Paul, le théâtre, tant et si bien qu’au moins une fois par semaine, nous allons au spectacle et j’aime ça.

Je suis heureuse avec mes deux papas, je voudrais bien que les gens me permettent encore d’être heureuse avec eux. Car comme le dit l’un de mes papas, Paul :

« La vie est trop courte pour que l’on passe à s’emmerder ou à emmerder les autres. »

Alors s’il vous plait, laissez-nous vivre ! Bisous papas !

20.03.2007

Hér go isme

Mon cher moi,

C’est avec émoi que je m’aperçois que je n’ai plus de nouvelles de moi. J’ai beau vivre intensément chaque moment sous le même toit, je ne me vois plus. Il y a longtemps que j’ai fait la grève des miroirs, longtemps que j’ai remplacé nos soliloques par de débiles programmes de télévision, longtemps que je ne pense plus à moi.

Pourtant, il y a une époque, pas si lointaine que ça, où ensemble nous prenions soin de moi, nous avions des idées sur tout et sur moi, tant et si bien que je me les racontais et que tu les écrivais, sans te passer de moi. Notre ego spirituel était à son apogée et notre imaginaire au faîte de la gloire, celle-ci justement qui auréolait mon surmoi pour le meilleur, en oubliant le pire.

Alors, secoue-moi, envoie-moi de mes nouvelles, parle-moi de moi et de tout ce qui me touche, afin de retrouver en moi l’équilibre qui me manque par la perte de moi, en attendant une imprévisible perte de poids.

Dis-moi tout, je me rendrai la pareille afin d’être mon égal épanoui au lieu de devenir un simple tout à l’ego anémié. Je me bise.

Moi.

Vies parallèles.

Elle avançait tout droit, sans se soucier des cercles vicieux, ni des angles obtus. Elle n’avait qu’un but dans sa vie : tracer son chemin tout droit, et forcément cela devint sa ligne de conduite. Elle avait décidé de n’en varier d’aucun iota, jusqu’au jour où elle rencontra l’âme sœur.

Mais par définition ou par destin capricieux, son amour nouveau avait la même attitude qu’elle. Le maître de cet espace infini les avait baptisées droites parallèles et, parallèles, elles le resteraient. Elles firent donc un long chemin ensemble, sans pour autant échanger un mot, émettre une hypothèse, parler d’une inconnue ou tenter une intersection. Leur destinée était toute tracée ; ou bien alors, pour leur malheur, leur déshonneur, il fallait que l’une d’entre elles change d’état. Mais si, en changeant d’état, elle brisait le cœur de son amour, elle ne s’en remettrait jamais.

Alors, elles continuèrent leur route, jusqu’au jour où l’une d’entre elles, chagrinée, déçue par sa vie toute tracée, y mit un point, s’y attacha et s’y pendit dans le vide infini.

Un soupçon de délire.

Un soupçon de glace pour la briser.
Un soupçon de jazz pour l’animer.
Un soupçon de doigté pour, en douceur, la manipuler.
Un dernier soupçon de mots pour la rythmer et voilà : l’ambiance est détendue. Je la soupçonnerai d’un peu de dilettantisme, mais point de ce genre de soupçons quand on écrit. Car quand on le fait, on se sent bien, on se laisse aller à divaguer dans le monde de l’imaginaire, dans les arcanes de la mémoire, dans le domaine insondable des sentiments, même si ce thé manque d’un soupçon de lait.

Et c’est ainsi que de soupçons en soupçons, de mots à mots, de phrases en phrases sans emphase, la sérénité s’installe, ma tête se vide, mon histoire se construit. Elle est là, sous mes doigts par le clavier, sous mes yeux par l’écran, elle prend forme. Moi, je prends un soupçon d’alawa pour alimenter mon inspiration et taquiner ma muse que je soupçonne vouloir me trahir. Va-t-elle me permettre d’aller au bout de mon récit ?

L’intrigue se construit, mes papilles s’assèchent. Mon histoire évolue, mon estomac crie famine. Qui va remporter la dure lutte : l’inspiration ou la fringale ? L’Alawa s’effrite en douceur, mon palais en demande. Mon héros se perd dans des dédales, encore la dalle qui se manifeste. Si cela continue mon récit va manquer de jus, il faut que je boive. Que reste-t-il en cuisine ? Un pamplemousse, du Marsala, de la mousse à raser pour blaireau. Sans hésiter, je me jette sur le pamplemousse bien fait, prends la mousse et entreprends de raser la peau lisse de l’agrume. Je récupère enfin l’écorce et, pour la corser, la trempe dans le Marsala. Je mélange le rose du fruit au rouge du vin et fabrique une mixture odorante. Autour de moi, mouches et autres insectes volatiles s’évanouissent. Je me désaltère, le sport ce sera pour une autre fois et cela me lève un poids.

Rafraîchi, je reprends le récit. Où est il mon héros ? Où l’ai-je laissé ? Dans quelle galère l’ai-je empêtré ? Il est là, au coin de la rue sombre, une cigarette au bec, il attend. Il attend que j’invente les péripéties suivantes, que j’anime ses sueurs froides, que je titille son adrénaline, Aline ! Une porte s’ouvre dans l’immeuble qui lui fait face. Un rai jaune estompe une silhouette de femme à la taille fine, aux proportions idéales. Emu devant un tel tableau, mon homme en jette son mégot. L’ombre s’éclipse, la porte vient de se refermer. Où est–elle ? Là, au son, tu peux la repérer ! Ses talons donnent vie au macadam noir. J’ai les noix et mon héros les glandes. Il a failli la perdre. Elle passe sous l’aura d’un réverbère. Mon personnage l’aperçoit enfin, il est pris d’une attaque. Sous le choc de la vision, il succombe et tombe sur le sol. Interloquée, l’ombre, l’énigme féminine s’approche de lui. J’en tremble ! Quelle horreur ! Quel est ce monstre ? L’ai-je réellement inventé, créé ? Lui ai-je vraiment prêté une âme ? Les cheveux en bataille, borgne, la bouche de travers d’où dépassent deux canines acérées, le menton pendant lacéré de griffures, la bête humaine m’interpelle :

-Tu ne t’en souviens pas ? Je suis ta dernière muse que tu as trouvée dans une poubelle, lors de ta dernière mufflée. Tu avais tellement avalé de mauvais soupçons d’alcools et de mots que me voilà !

Ce n’est pas possible, je ne peux pas être tombé si bas. Il faut la gommer de ma vue, la faire disparaître. Une seule solution : un soupçon d’aspirine.

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