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25/10/2007

Persécution.

Il fallait que tout cela s’arrête, elle me rendait complètement folle. Son pas trottait dans ma tête comme une aliénation incontrôlable. Rapide, saccadé, mais régulier dans sa fréquence, son pas me hantait. Il fallait que je mette un terme à cette provocation. Il fallait que, radicalement, j’élimine cette narquoise emmerdeuse. Mais j’avais un handicap incontestable : elle était plus rapide que moi.

Ses longues jambes parcouraient une incroyable distance tandis que mes petits membres arrivaient à faire péniblement un petit pas, pas aussi important que celui de Neil Armstrong, mais capital pour tout le monde. Je m’essoufflais rapidement alors qu’elle continuait son chemin, sans émettre un moindre souffle de fatigue. Elle m’énervait, me harcelait, me persécutait. Pour prendre du recul, je m’accordais de longues poses pour réfléchir
à la façon de résoudre cette irritante situation. Sans relâche, elle profitait de ces instants pour intensifier son acharnement, pour tourner autour de moi et me narguer honteusement.

C’est décidé, je vais la tuer. Quand elle passera près de moi, je lui enfoncerai ma griffe la plus acérée en plein cœur. Je choisirai l’heure idéale et je commettrai ce crime odieux mais libératoire. Là, maintenant, c’est le moment ! Non, il y a trop de témoins qui me fixent. Il est trop tôt, on est encore en plein jour. Il ne faut pas que je me fasse prendre pour des détails aussi futiles. Patience, j’ai tout mon temps. Je t’aurai ! Amuse-toi,
énerve-moi, clopine autour de moi, claudique avec plaisir, ton heure arrivera et je triompherai enfin, seule et
libérée de ton emprise !

La clarté diurne s’estompe enfin, le grand hall se vide progressivement, je vais enfin pouvoir agir. Approche sale bête, approche, encore quelques secondes et je t’aurai. Tiens, voilà pour toi ! Tu ne m’embêteras plus jamais, tu ne tourneras plus autour de moi, je vais enfin être libérée de toi, je ne vais plus avoir en tête ton pas saccadé et exaspérant. Il était temps que tu meurs, empoisonneuse ! C’est ça, tombe ! Dégage de là ! Libère mon espace vital, tu l’as assez pollué comme ça ! Enfin seule ! Free at last, cher Martin ?

Communiqué de Presse.

«Incident gravissime à la Gare du Nord. Dans le hall de cette grande gare parisienne, la grande aiguille de la grande horloge s’est détachée du cadran et est venue malencontreusement se planter sur la tête d’un planton
de service qui faisait sa ronde. Le malheureux en a été quitte pour une visite à l’hôpital. Quant à la grande aiguille, elle a rendu son âme au temps pour la dernière fois, à une heure criminelle comme il se doit : il était exactement minuit, signe du destin, cher docteur !»

Depuis cette triste nuit, les trains, ayant perdu leur repère, ne partirent plus à l’heure ou plus exactement ne partirent plus qu’à l’heure.

12/04/2007

La vengeance

Malgré elle, elle avait changé. Sa transformation n’était plus de son fait. Elle avait tant donné et on lui avait tellement pris, sans se soucier d’elle en retour. De vierge, sauvage, mais toujours généreuse, elle était devenue méconnaissable, sèche, servile et fragile. Des générations d’exploiteurs la martyrisèrent, l’apprivoisèrent, la pillèrent à leur seul profit, oubliant sa richesse sauvage, sa sensibilité naturelle. Elle tenta plusieurs fois de se révolter, mais comme ses sautes d’humeur étaient de plus en plus prévisibles, ces ingrats savaient comment maîtriser ces instants de rébellion, de défi. Alors, elle se contenta de subir. Elle supporta les modifications décrétées par ces êtres sans âme, accepta leurs nouvelles constructions, leurs nouvelles idéologies, leurs nouvelles techniques, leurs nouvelles folies. Elle avait été leur mère, la source de toutes leurs inventions, de leur mutation, elle était devenue leur chose, malléable, manipulable, corvéable à souhait, une esclave à tout faire, à tout subir.

Ses seuls alliés étaient des races dites inférieures qui, tout comme elle, servaient d’esclaves, d’éléments de base pour sauvegarder la peau sensible des maîtres et, pire encore, de nourritures pour ces êtres cannibales, drapés dans leur magnifique assurance sans faille. Proche de ces basses races, soucieuse de leurs problèmes identiques aux siens, elle leur insuffla des idées auxquelles ils furent sensibles. Dans ce monde régi par les autres, les
maîtres, les invincibles, avoir de telles idées était chose inconcevable. Dans cet univers, personne n’avait une imagination assez acérée pour songer à ce genre d’évolution, à cette sorte de révolution que préparaient, en grand secret, les inférieurs.

Le jour J était proche. Tout comme un général d’armée, elle avait briefé ses troupes, leur avait donné des ordres à n’exécuter qu’en temps voulu. Chaque race s’était constituée en garnison, avait sa mission et était prête à réaliser le plan conçu par elle. La veille du grand jour, comme des âmes soumises, toutes les races inférieures retrouvèrent leurs repaires, leurs antres, leurs couches que les maîtres leur avaient concédés. Elles se comportèrent comme à l’accoutumée, sans manifester aucune réaction désagréable ni agressive envers eux.

Avant même que le soleil ne se levât, sur ses ordres, une association de vents rebelles se mit à souffler de toutes leurs forces réunies, balayant habitations précaires, faisant trembler les plus solides sur leurs fondations. De toutes parts, les éclairs d’un ciel bas et gris fusèrent, les orages grondèrent, les averses se succédèrent, déversant toute l’eau d’un univers en déroute. La pluie s’unit aux flots, si dociles habituellement, et leur fusion créa des torrents rageurs, emportant tout sur leur passage, s’armant de troncs assez robustes et pointus pour défoncer tous les remparts futiles créés par les maîtres.

Les races inférieures jouèrent leur rôle. Elles interprétèrent à la perfection le désarroi et l’affolement et, par leur panique feinte, troublèrent la tranquillité et l’assurance des seigneurs. Certains membres de la race inférieure osèrent harceler les maîtres, allant jusqu’à les mordre. Le plus audacieux commit, ce qui était intolérable venant de ces sous-êtres, cet acte odieux que les supérieurs appelaient : donner la mort. La peur et la mort s’étaient unies pour les punir. La touche finale imaginée par l’initiatrice vengeresse se matérialisa en un gigantesque tremblement qui craquela, démantela les habitations luxueuses de l’espèce ingrate, détruisit toutes ses œuvres arrogantes et mit à terre toutes les représentations de son pouvoir, acquis aux dépens des autres.

Harcelés par les races inférieures, humiliés par les éléments naturels, tués par la révolte, les maîtres survivants quittèrent leurs cités artificielles : ces remparts de verre, de béton et de plastique indestructible qu’ils avaient érigés pour fuir la présumée sauvagerie des indésirables, pour renier leurs origines. Ils trouvèrent refuge dans des cavernes, antres que la fière rebelle avait créés de toutes pièces lorsqu’elle était sauvage, libre et toute puissante. Devant un tel spectacle misérable qu’elle fit durer pendant une vingtaine de jours, elle sourit. Sa vengeance avait été entière et magnifique. Après avoir apprécié à sa juste valeur les effets de ses représailles, elle calma sa furie et produisit un arc-en-ciel apaisant.

Avec la complicité de ses premières créations, les animaux, la Terre, notre mère, avait repris les rênes du pouvoir, qu’elle n’aurait jamais dû déléguer à une race d’inconscients et d’arrogants : les hommes.

 
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