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12.05.2008

Avec un peu d’émotions de la part de mes amis.

Mercredi 9 Avril 2008, un peu plus de 21h.

Je suis dans ma chambre, sur mon lit. J'ai pioché dans mon stock de livres pas encore lus, un Brigitte Aubert qui promet: "Reflets de sang". En fond sonore, j'ai allumé la télé et M6 diffuse son émission phare du mercredi: "La nouvelle star". La pulpeuse et blondasse Virginie Efira prend la pose et annonce l'arrivée d’Amandine qui va nous interpréter: "With a little help from my friends"-le plus grand tube de Joe Cocker, même si ce sont les Beatles qui l'ont créé. Mon esprit fait tilt, je lève les yeux de mon bouquin et aperçois sur l'écran et sur un piano des mains blanches qui donnent le jour à quelques notes introductives.

Un brouillard blanchâtre enrobe une silhouette féminine. Debout, elle semble se débattre contre cette fumée blanche. Une petite fille perdue dans la brume transperce avec douceur la toile fumante. La tête dans les épaules, Les jambes qui la soutiennent à peine, elle avance à pas comptés. Sa voix frêle et tremblante émeut tout de suite. Comment va-t-elle s'attaquer à ce monument de la chanson anglo-saxonne ?

Empruntée, Amandine se fait douce, caresse l'air de l'espace pour amadouer son stress, sa sensibilité. Le réalisateur lui offre, à tort, un plan large, la plantant là, sur la vaste scène, seule face à un public vociférant.

La voix prend de l'assurance, elle a des tonalités de blues, avec quelque chose, non pas de Tennessee, mais de bien rauque. La pantomime désarticulée semble plus forte que jamais. Elle fond l'aire de la scène, bras en avant. Encore une approche douce, puis elle attaque le monstre, sa réserve explose. Elle mord dans la chanson à pleines dents, à pleins poumons, mais c'est l'interprète qui hurle sa sensibilité. Mon corps frisonne, mes poils, de toutes parts, s'hérissent. Toute l'âme d’Amandine, au travers de sa gesticulation épileptique, tout comme celle de son modèle -Joe Cocker-, transparaît, transpire. Mes yeux se mouillent.

Un dernier couplet hurlé, craché par ses entrailles, expulsé par sa force intérieure insoupçonnée, elle prépare le final triomphant et prenant. Le blues de sa voix me fait couler de vraies larmes. Je ne les maîtrise plus, je ne les comprends pas, mais elles sont là. Amandine a tout donné, elle est vidée de tout son soul. Pantin amorphe, elle ouvre les bras pour recevoir l'offrande des bravos, dans l’espoir de tomber dans des bras forts et vigoureux d'un personnage réconfortant, confronté à l'innocence incarnée. Une dernière pirouette, et l'artiste peut redevenir réelle, elle-même. Dans une attitude timide, craintive, la bête de scène est partie pour laisser place à la petite fille du début. J'ai craqué.

Dans cet état fébrile, je tente d'expliquer mes larmes. L'intellect prend le pas sur l'instinct. Est-ce l'attitude de la chanteuse qui me rappelle quelques aspects épileptiques de mon amie du passé ? Est-ce le déploiement d'une telle énergie, due à sa jeunesse, qui me rappelle que la mienne s'est, avec l'âge, amoindrie ? Est-ce l'excellence de sa prestation artistique qui me rappelle que j'ai toujours voulu, dans mon art, atteindre cette sensationnelle perfection ? Je ne sais, je ne peux clarifier toutes ces sensations, toutes mes larmes.

PS :

Alors cher lecteur, si tu penses que j'exagère mes ressentiments, tu n'as qu'à faire l'expérience par toi-même, en te rendant sur la page Internet suivante.

http://wideo.nouvellestar.fr/video/iLyROoafYMdK.html

Et n'oublie pas: ne retiens pas tes larmes, pleurer cela fait du bien. C'est une autre chanteuse qui le dit, alors ?

Bataille à Seattle

Seattle Novembre 1999.
L'OMC (organisation mondiale du commerce) réunit des membres importants de plus de 130 pays pour tenter de négocier la libéralisation de l'économie. Dans les rues de la ville, des milliers de manifestants veulent faire entendre leur voix contre cette réunion des plus riches, des plus forts qui exploitent n'importe comment les richesses de la terre et plus précisément celles des pays sous développés, profitant de leur faiblesse et leur pauvreté, pour se permettre l'intolérable.

Le réalisateur explique succintement la situation économique du monde et les ravages qu'a commis cette organisation du commerce des puissants. Puis, il nous fait partager les positions des manifestants, du maire de seattle, de certains policiers consignés pour maintenir l'ordre, d'une journaliste de télévision, témoin de certains dérapages, des représentants de pays en voie de développement et des responsables d'ONG. Ces éléments, mis en situation explosive, vont commettre et subir ce qui était prévisible.

J'ai ressenti ce film comme un vrai reportage sur une situation donnée, plutôt qu'un film de fiction. Ce documentaire romancé prend parti, sans réserve, pour les manifestants. Il montre un maire désarmé face à une situation qui se dégrade malgré ses bonnes résolutions, des flics pris dans un engrenage qu'ils ne soupçonnaient pas aussi démoralisant et culpabilisant. Il manque à ce document la partie adverse, ses motivations, ses raisons et logiques, ses démonstrations diverses et variées face à une telle situation. Dans un western, même si c'est assez caricatural, il y a les bons et les méchants. Dans ce film, seuls s'expriment, aux yeux du réalisateur, les bons. Il y a un déséquilibre qui pourrait transformer facilement ce bon film en un tract trop démonstratif. Même si ce film, par certains côtés, a les mêmes qualités du film "Collusion", il reste à mon humble avis trop partisan. Mais c'est un choix que je respecte.