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27.03.2007
Le complice de tous les temps
Nous nous connaissions depuis toujours, puisque nous avions grandi ensemble. Tout bébés, nous avions subi les aléas d’une vie nouvelle que nous découvrions. Gamins, nous jouions ensemble à tous les jeux que notre insouciance nous autorisait. Au même moment, nous découvrîmes les petites joies et insolites déboires de notre âge ingrat. Notre mutation en adolescents inconscients nous permit d’apprécier les efforts sportifs, leurs joies intenses et leurs souffrances formatrices. L’amour, même puéril au tout début, nous transforma. Il nous fragilisa l’espace d’une rencontre, nous fortifia ensuite dans notre devenir d’homme. Nous partageâmes sans réserve toutes ces nouvelles sensations, joies et épreuves. Devant tant de complicité affichée, jamais je n’aurais pu penser que nous briserions, un jour, cette harmonie que nous exprimions tous les deux.
Avançant en âge, la vie ne nous sépara pas réellement, mais chacun prit l’habitude de s’occuper avant tout de lui ou plus exactement, très motivé à réussir socialement, je ne pensais plus à lui comme je le faisais auparavant. J’estimais à tort que nous étions devenus assez grands pour que chacun puisse se prendre en charge. Mais en réalité, il avait toujours besoin de moi. Pour pouvoir s’épanouir, il avait tout autant besoin de mes attentions quotidiennes que de l’amour considérable que je lui portais.
Alors il changea, se laissa aller. Il ne fut plus aussi agile qu’à son jeune âge; rien de plus naturel, il vieillissait. Chez lui, les modifications furent plus rapides. Ses muscles s’avachirent, ses articulations se fragilisèrent. La pire de toutes ses misères fut qu’il avait affreusement grossi. Il se heurtait à mon esprit, à ma vivacité, m’en voulait beaucoup et devenait injustement jaloux. Son malheur déteignait sur moi qui, affecté, devenais de plus en plus impuissant face à un tel désœuvrement provoquant une indigne déchéance.
Il devint hargneux, voire méchant. J’étais sûr qu’il fomentait quelque vengeance contre Moi. Mais, je ne pouvais envisager qu’il deviendrait cruellement violent, mal m’en prit. Je pressentais quelque chose, mais pas une action aussi lâche, une trahison aussi horrible. Il attaqua l’organe le plus fragile, il s’attaqua à mon cœur. Sa graisse visqueuse m’asphyxia, son obésité repoussante me réduisit en une épave inerte, son adiposité expansive grignota mon cœur et le détruisit sans remords.
Mon complice de tous les temps était devenu le félon d’aujourd’hui, le meurtrier de mes derniers espoirs, le tueur implacable que j’ignorais être en moi.
Par son action insidieuse, son état adipeux, mon corps m’avait tué.
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