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20.03.2007

Visions délirantes.

Un robinet goutte dans un coin, il m’énerve. Je l’oublie. Un lapin endimanché court, un gousset dans une main. Un enfant pleure à chaudes larmes. Une bombe explose à l’horizon. Un horizon blanc, impalpable, fugitif, sans ligne ni à droite, ni à gauche, ni devant, ni derrière.

De simples éléments hétéroclites, posés ça et là, déterminent l’espace, la profondeur : l’arbre desséché du pendu qui n’a plus de feuilles depuis bien longtemps, mais qui, à la place, expose plusieurs cordes rougies et usées. Un peu plus loin, on découvre le puits de la vérité, en briques rouges et au mécanisme en fer forgé, envahi par des lierres grimpants qui obstruent l’embouchure du puits et empêchent la vérité de sortir. Un vieux noir gratte sur une guitare un blues criard traduisant sa peine infinie, depuis le départ de sa belle. Derrière lui, un défilé d’enterrement se déroule.

Le maître de cérémonie, embarrassé par un pantalon qui tombe, est gros et gras. C’est lui qui mène le cortège à une cadence lente et pesante. Il sue, il transpire. Il donnerait tout un royaume pour une bonne bière, mais les musiciens ne le laissent pas souffler. A leur tour, ils jouent, soufflent de tout leur soûl. La parade a changé de rythme. La joie a balayé la tristesse superficielle, la ballade endiablée et jazzy a pris le relais pour honorer le dernier partant pour l’au-delà, pour cet horizon infini et blanc qui se dresse, chaque soir, sur un tableau loufoque et désespérant.

Tout ce monde disparaît de ma vue, fond à tout jamais dans un bouillonnement effervescent. L’horizon blanc s’est mu en une entité précaire, transparente et pétillante. Il se dresse pour moi, s’approche de moi pour m’apporter le salut tant espéré, celui qui, pour un temps, va détruire mon mal de tête après mes soirées de beuveries.

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