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20.03.2007
Un soupçon de délire.
Un soupçon de glace pour la briser.
Un soupçon de jazz pour l’animer.
Un soupçon de doigté pour, en douceur, la manipuler.
Un dernier soupçon de mots pour la rythmer et voilà : l’ambiance est détendue. Je la soupçonnerai d’un peu de dilettantisme, mais point de ce genre de soupçons quand on écrit. Car quand on le fait, on se sent bien, on se laisse aller à divaguer dans le monde de l’imaginaire, dans les arcanes de la mémoire, dans le domaine insondable des sentiments, même si ce thé manque d’un soupçon de lait.
Et c’est ainsi que de soupçons en soupçons, de mots à mots, de phrases en phrases sans emphase, la sérénité s’installe, ma tête se vide, mon histoire se construit. Elle est là, sous mes doigts par le clavier, sous mes yeux par l’écran, elle prend forme. Moi, je prends un soupçon d’alawa pour alimenter mon inspiration et taquiner ma muse que je soupçonne vouloir me trahir. Va-t-elle me permettre d’aller au bout de mon récit ?
L’intrigue se construit, mes papilles s’assèchent. Mon histoire évolue, mon estomac crie famine. Qui va remporter la dure lutte : l’inspiration ou la fringale ? L’Alawa s’effrite en douceur, mon palais en demande. Mon héros se perd dans des dédales, encore la dalle qui se manifeste. Si cela continue mon récit va manquer de jus, il faut que je boive. Que reste-t-il en cuisine ? Un pamplemousse, du Marsala, de la mousse à raser pour blaireau. Sans hésiter, je me jette sur le pamplemousse bien fait, prends la mousse et entreprends de raser la peau lisse de l’agrume. Je récupère enfin l’écorce et, pour la corser, la trempe dans le Marsala. Je mélange le rose du fruit au rouge du vin et fabrique une mixture odorante. Autour de moi, mouches et autres insectes volatiles s’évanouissent. Je me désaltère, le sport ce sera pour une autre fois et cela me lève un poids.
Rafraîchi, je reprends le récit. Où est il mon héros ? Où l’ai-je laissé ? Dans quelle galère l’ai-je empêtré ? Il est là, au coin de la rue sombre, une cigarette au bec, il attend. Il attend que j’invente les péripéties suivantes, que j’anime ses sueurs froides, que je titille son adrénaline, Aline ! Une porte s’ouvre dans l’immeuble qui lui fait face. Un rai jaune estompe une silhouette de femme à la taille fine, aux proportions idéales. Emu devant un tel tableau, mon homme en jette son mégot. L’ombre s’éclipse, la porte vient de se refermer. Où est–elle ? Là, au son, tu peux la repérer ! Ses talons donnent vie au macadam noir. J’ai les noix et mon héros les glandes. Il a failli la perdre. Elle passe sous l’aura d’un réverbère. Mon personnage l’aperçoit enfin, il est pris d’une attaque. Sous le choc de la vision, il succombe et tombe sur le sol. Interloquée, l’ombre, l’énigme féminine s’approche de lui. J’en tremble ! Quelle horreur ! Quel est ce monstre ? L’ai-je réellement inventé, créé ? Lui ai-je vraiment prêté une âme ? Les cheveux en bataille, borgne, la bouche de travers d’où dépassent deux canines acérées, le menton pendant lacéré de griffures, la bête humaine m’interpelle :
-Tu ne t’en souviens pas ? Je suis ta dernière muse que tu as trouvée dans une poubelle, lors de ta dernière mufflée. Tu avais tellement avalé de mauvais soupçons d’alcools et de mots que me voilà !
Ce n’est pas possible, je ne peux pas être tombé si bas. Il faut la gommer de ma vue, la faire disparaître. Une seule solution : un soupçon d’aspirine.
11:15 Publié dans Babioles | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note


